Friperies à la mode : motivations économiques ou changement de mentalité ?

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« C’est un des gros enjeux de l’industrie de la mode pour la décennie à venir : une mode plus éthique, plus responsable. » Pour Farid Chenoune, historien de la mode, il n’y a aucun doute : l’industrie de la mode doit profondément changer pour s’inscrire dans une démarche durable face à des consommateurs à la recherche de plus d’éthique et de responsabilité dans leurs choix vestimentaires. 

La mode durable, c’est avant tout une volonté, celle de recycler ses vêtements, en les revendant sous la forme de seconde main, en les retouchant ou en pratiquant l’upcycling. L’essor des friperies, non plus comme lieux de vente pour les populations les plus démunies mais comme mine d’or de la mode du XXIème siècle, témoigne de l’attrait de la population française pour la seconde main. Une tendance pas seulement tricolore mais  également mondiale comme le dévoile fin 2019 une étude ThredUp selon laquelle le marché de la seconde main surpassera celui de la fast fashion en 2028 aux Etats-Unis.

Un constat clair : les friperies sont aujourd’hui à la mode en France, en
particulier chez les plus jeunes générations, qui s’y pressent pour y dénicher la bonne affaire, la nouvelle perle rare pour leur garde-robe

Nous sommes partis d’un constat, celui que les friperies sont depuis une dizaine d’années en
vogue en France. Une véritable recrudescence des ventes de vêtements de seconde main s’est enclenchée, à la suite d’un changement de mentalité des consommateurs vis-à-vis des
friperies. Après leur apparition au début des années 1990, les friperies ont longtemps été
boudées par les catégories les plus aisées de la population qui ont vu d’un mauvais œil l’achat de vêtements de seconde main considérés comme usés, réservés aux populations les plus démunies.

L’arrivée sur le marché de nouvelles générations, parmi lesquelles les millenials, a totalement changé la donne et permis aux friperies de se donner une nouvelle réputation tendance. Le pourcentage de français qui se sont laissés tenter par la seconde main a atteint, selon l’Institut Français de la Mode, 39% en 2019 contre 15% dix ans plus tôt, avec 23% des achats de vêtements de seconde main réalisés dans des friperies pour un chiffre d’affaires total d’un milliard d’euros pour les friperies françaises en 2018.

D’où vient cet attrait pour les friperies ? Cette prise d’assaut des friperies a-t-elle
été une simple conséquence de la conjoncture économique ou témoigne-t-elle
d’une réelle prise de conscience des enjeux sociaux et environnementaux par les
consommateurs français ?

L’éveil d’une conscience écologique et son influence sur les pratiques de consommation

Moins de 1% des tissus qui composent nos vêtements sont recyclés, et l’industrie du textile est la deuxième industrie la plus polluante pour l’environnement derrière l’industrie pétrolière. Ces constats sont alarmants, tout comme les chiffres que nous vous dévoilions en mars lors de la Journée mondiale de l’eau, et ne cessent de questionner les consommateurs sur le gaspillage vestimentaire.
Face à l’émergence d’une conscience écologique française dès les années 1970, l’intérêt pour les questions de consommation n’a cessé de croître, en particulier chez les jeunes générations, qui ont décidé d’adopter des comportements plus éco-responsables, notamment en fréquentant les friperies. Cet engouement s’est également traduit par une montée en puissance de mouvements citoyens, comme les grandes marches organisées pour la planète en marge des rassemblements de chefs d’Etat.

Un nombre grandissant de consommateurs a décidé de contrer la tendance à la surconsommation encouragée par les grandes enseignes de l’industrie du textile, sachant
qu’une personne achète aujourd’hui en moyenne 60% de vêtements de plus qu’au début des années 2000 et les garde moitié moins longtemps selon un rapport ADEME. Ceci
s’accompagne aussi d’une sensibilité plus importante des consommateurs pour la qualité du
vêtement acheté, le processus de fabrication et les produits utilisés lors de la conception.

La recherche d’une mode plus éthique et soucieuse des travailleurs de l’industrie de la mode

Outre la responsabilité ressentie par les consommateurs dans l’achat de vêtements contribuant à la pollution de l’environnement, la mode durable incarnée par l’essor des friperies, possède également une dimension éthique.
Les consommateurs sont plus soucieux du fonctionnement de l’industrie du textile et sont
nombreux à questionner la surexploitation d’une main d’œuvre à bas coûts dans les pays du
Sud, par des grandes enseignes cherchant un profit toujours plus important. Le recours aux
friperies est également revendiqué par certains pour montrer un désaccord avec cette industrie aux conditions de travail souvent décriées, ignorant les droits de ses ouvriers, et où le respect des droits de l’homme est régulièrement remis en question. Des évènements tragiques comme l’effondrement du Rana Plaza au Bangladesh en avril 2013 ayant entraîné la mort de plus de 1100 ouvriers du textile dans cinq usines, contribuent aussi à questionner les consommateurs sur cette industrie.

Une volonté nouvelle de favoriser une économie alternative, circulaire et durable

Au-delà de l’opportunité économique représentée par l’achat de vêtements à prix réduits dans les friperies en période de baisse du pouvoir d’achat des ménages, les friperies favorisent aussi la mise en place de circuits courts, s’appuyant sur une économie circulaire et durable.
Cette économie alternative contribue à réduire le gaspillage de vêtements, la consommation excessive et ainsi diminuer la pollution et les déchets produits par la confection et l’acheminement de vêtements à travers le monde.

Le principe d’économie circulaire est basé sur la mise en place d’un développement durable afin d’économiser les ressources épuisable. Cette économie, doit s’envisager par une consommation responsable tenant compte des enjeux environnementaux et sociaux. Elle doit également pouvoir compter sur l’allongement de la durée d’usage des vêtements, qui ont actuellement une durée de vie moyenne de seulement 3,3 ans dans l’Union Européenne. 

Cet allongement de la durée d’usage peut être permis par un recours à la réparation de manière plus systématique comme nous le proposons chez MyCouturier en mettant en contact des couturiers avec des utilisateurs cherchant de l’aide pour la réparation d’un vêtement. 

Redonner une nouvelle vie aux vêtements permet de diminuer l’impact de l’industrie textile sur la planète et de contribuer à réduire ce nombre alarmant : dans l’UE, 80% des vêtements jetés qui ne sont pas recyclés.

L’évolution des rôles dans l’industrie de la mode, vers une place plus importante des consommateurs au cœur du choix des tendances

L’attrait grandissant pour les friperies doit aussi être attribué à une évolution de la mode et à
une volonté des consommateurs d’affirmer leur style et de plus suivre les collections sans
cesse renouvelées et uniformisées, qui leur sont imposées par les grandes enseignes. Les
friperies répondent à une demande des consommateurs, celle de se démarquer en trouvant la pièce unique pour leur garde-robe, tout en ayant la possibilité de renouveler plus
régulièrement leur garde-robe en revendant leurs vêtements.

Les fripes accèdent également aux envies des consommateurs de s’habiller vintage, avec des pièces plus anciennes, afin de recopier les tendances d’antan, tout comme le font
régulièrement les grands noms de la mode qui n’hésitent plus à se fournir dans les friperies pour des tournages de films ou défilés de mode.

Les conséquences sur la fast fashion de l’intérêt porté à la mode éco-responsable et durable témoignent d’un véritable changement de comportement des consommateurs dans leurs choix vestimentaires

Face au déclin de la fast fashion, progressivement remplacée par une tendance à la slow
fashion, les grandes enseignes du prêt-à-porter ont pris conscience de la nécessité de faire des concessions si elles voulaient continuer à attirer des consommateurs plus consciencieux dans leurs achats. C’est en ce sens que le Fashion Pact a été signé par une myriade d’entreprises de l’industrie de la mode et du textile en août 2019 afin de s’inscrire dans une démarche éco-responsable et renforcer la confiance des consommateurs.

La tendance à la seconde main inquiète les géants de la mode, qui n’hésitent également pas à investir dans cette nouvelle tendance, comme l’a fait l’enseigne H&M en devenant fin 2019 le principal actionnaire du site suédois de vente de seconde main Sellpy.

Lequel de ces facteurs explique-t-il finalement le mieux la tendance à la fripe en France ?

Plutôt que de s’arrêter à la conclusion de Frédéric Godart, sociologue de la mode, qui considère que l’attrait pour les friperies est renforcé par les avantages procurés aux consommateurs : « En achetant des vêtements, des accessoires ou des chaussures de seconde main, vous êtes bien sous tous rapports : c’est écolo, plus économique, différenciant, et, grâce à la technologie, c’est de plus en plus facile », nous avons voulu aller plus loin.


Chez MyCouturier, nous avons notre avis sur la question et nous sommes persuadés que, même si les prix avantageux des vêtements de seconde main ont pu, de prime abord, contribuer à attirer de nouveaux consommateurs dans les friperies, c’est avant tout la perspective d’une mode durable qui les a convaincus d’y poursuivre leurs achats sur le long terme. Les adeptes des friperies ont aujourd’hui avant tout conscience de la nécessité de donner une seconde vie à leur vêtement, de privilégier les circuits courts, de recycler, réparer ou même customiser au lieu de jeter. Nous pensons que ce nouvel attrait pour les friperies est principalement dû à un réel changement de mentalité des consommateurs, qui ont véritablement pris conscience de l’importance de s’engager dans une consommation éco-responsable et éthique, dans le cadre d’une économie circulaire respectueuse de la planète.

Pour avancer en faveur d’une mode plus éthique, proche de nous et durable, rejoignez nous!

Couturement,

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